L Echo Républicain
Publié le 27 février 2016
Pascal Marlin tout en rondeurs

par Christine Le Gall

 

 

Bruno et Emma Lataste, créateurs de l'Espace Be Art Concept Store, place Billard, proposent une exposition des œuvres colorées de Pascal Marlin.

L'artiste, qui présente régulièrement ses tableaux à Paris, en Belgique, au Luxembourg, offre au regard du visiteur des toiles où l'imaginaire domine : « La figure humaine est omniprésente. Pour créer mes compositions, je dessine mes personnages sur lesquels viennent, ensuite, s'agréger des morceaux de différents matériaux : papiers peints, linogravures, radiographies peintes, monotypes, stickers. Ce que je peins n'est pas prémédité. Je pars du visage puis la technique se développe avec une part de hasard. La toile m'impose les matériaux et les coloris. »

Influencé par Picasso, Matisse ou encore Bacon, Pascal Marlin reconnaît : « Je m'amuse beaucoup. La création est un retour à l'enfance. » Un magnifique paravent, où la femme aux formes généreuses est représentée, est également inscrit à la visite.

 

  

 

La Voix (quotidien luxembourgeois)

Mercredi, 14 janvier 2009, Culture, pages 9 et 16

La beauté à son comble

 

par Emeline Henri

 

 

Le travail de Pascal Marlin consiste à créer des individus tels qu'un patineur ou une femme enceinte avec des collages de matières diverses sur lesquelles il rajoute de la peinture. Il place ses protagonistes dans des environnements sans volume, traités en aplat de couleurs mat comme le faisait Matisse. Les dimensions et l'effet de profondeurs sont issus des figures déstructurées à l'excès. Le visiteur est à la fois attiré et repoussé par ces toiles. Le visage de chacune d'elles est plutôt réaliste car provenant d'une photocopie d'un portrait photo, ce qui a tendance à accrocher l'assistance, mais les corps boursouflés au point que l'on ne reconnaît que difficilement les membres, déroutent. L'utilisation de radiographies comme ombre, accessoire ou élément de ces corps ajoute une touche d'originalité à l'ensemble de ces oeuvres.

 

 

 

Luxemburger Wort  (quotidien luxembourgeois)

Samedi, 24 janvier 2009, La vie culturelle, page 14

Une certaine idée de la beauté

 

par Nathalie Becker

 

 

Bourrelets-rois

 

Pascal Marlin, reconstruit des corps à partir de matériaux découpés hétéroclites. Du papier calque, du papier patron, des bouts de tissu, des fragments de radiographies sont les matières premières de ses toiles. L’artiste les colle, les assemble, les rehausse de couleurs avec science et nous offre ainsi sa propre vision de la beauté.

Les personnages aux corps difformes, comme souffrants d’une mystérieuse et impitoyable atteinte congénitale, sont dotés de formes plus que généreuses où les bourrelets sont rois. Les figures féminines sont semblables à des divinités primitives de la fécondité. Elles n’ont rien à envier à la célèbre Vénus gravettienne. D’autres ont l’air de poupées démembrées et mal rafistolées. Parfois, il faut y regarder de très près afin d’identifier à qui appartient une jambe ou un ventre dans ce fatras corporel cependant savamment agencé. Ces corps si physiques dévoilent également leur intériorité par la présence de radiographies et de scanners découpés. Là un cerveau, là un fémur, là des vertèbres créent des ombres. Nous lisons également dans ce travail des clins d’oeil allusifs à Klimt pour la facture très ornementale et raffinée, et à Picasso pour la fragmentation.

L’ensemble est très réussi esthétiquement, dérangeant comme il se doit car il parle de la différence, des fantasmes, des pulsions qui peuvent nous animer face à ce que nous distinguons en tout premier lieu d’autrui: son corps.

 

 

 

La lettre mensuelle
Les chroniques de Colette Bertot / Février 200
5

 

 

Pascal Marlin. Bizarre... Vous avez dit "bizarre"?

A la Contrast Gallery de Bruxelles

 

    

On n'est pas obligé d'être attiré par ces superpositions de rondeurs, il n'en est pas moins vrai qu'elles interpellent !

 Ces monstres difformes d'un réalisme saisissant sont posés à l'huile ou à l'acrylique sur toile. Mais ce n'est pas tout, loin de là. 

L'artiste joue les superpositions, bien visibles quand on se place sur le côté de la toile et que les reflets de lumière accusent les épaisseurs. 

Utilisant la technique du collage qui se devait, à l'origine, de stimuler l'invention créatrice, Marlin emploie tout ce qui lui tombe sous la main - des bouts de tissus, des fragments de papier calque ou de papier-patron couture - qu'il découpe, compose, mélange, réhausse de couleurs, voire de morceaux de radiographies, fémur, colonne vertébrale, savamment placés à certains endroits pour créer des ombres.

 Le travail de Marlin, très répétitif, ne manque pas d'attirer la curiosité comme au cirque on s'amuse au spectacle du nain à bosses multiples faisant sur la piste ses pirouettes. On songe aussi aux poupées de celluloïd et de chiffon de notre enfance si souples qu'on pouvait en contorsionner sans risque bras et jambes et même zieuter, un peu sadiquement, les sombres points d'ancrage où se fixaient les membres.

 Tous ces personnages "impitoyables et graves" constituent un univers peu banal, parfois effrayant nuancé toutefois par une palette chromatique légère et raffinée adoucissant le propos.

 Pascal Marlin nous semble être un tendre gonflant ses fantasmes pour les mieux apprivoiser !